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La
voie du nord!
par Emmanuel
(RATAFIA)
- aout 2003
Tout le monde n'a pas les compétences
d'un marin hauturier, heureusement, le
cabotage a aussi son charme. Modestement,
de saut de puce en saut de puce, il est
possible d'emmener tranquillement
son bateau en Baltique en découvrant tous les
charmes d'une Europe du Nord méconnue.
Tout est question de temps, ... mais
aussi de temps, .... Récit d'une longue
balade humide vers les terres vikings.
1. : La voie du Nord
"L'entreprise vous offre désormais la possibilité
de cumuler vos congés sur plusieurs années !". Que voilà une proposition alléchante,...Tout
comme nous, Ratafia, notre vieux First 30, semble en avoir assez des côtes bretonnes
qu'il sillonne chaque été. C'est décidé, durant trois
longues années, nos vacances seront amputées de trois semaines, histoire de
stocker du temps pour aller voir ailleurs si l'eau
y est plus bleue.
Oui mais ou ?
L'Espagne, le Portugal, le Maroc, la Méditerranée,
Isabelle en reve. Vision très carte postale du voyage ensoleillé, elle imagine
déjà nos enfants patauger dans l'eau d'une crique portugaise. En tant que capitaine,
pragmatique et rabat-joie comme il se doit, j'imagine quant à moi, tempete dans
le golfe de Gascogne, houle indigeste le long des côtes ibériques et tracasseries
administratives au Maroc. Sans parler du surpeuplement des ports méditerranéens.
Insidieusement, je parviens à imposer mon reve d'enfant diamétralement opposé
aux aspirations d'Isabelle. "Ah le charme rude des ports de la Mer du Nord !
La poésie d'Amsterdam, les merveilleuses réserves d'oiseaux des îles Frisonnes,
les trésors de la Baltique : Ses îles, ses fjords, ses saumons, .. Qui a dit
ses Danoises ?"
A force d'arguments "massue" qui frôlent
parfois le mensonge (le parfum du gouda frais, la chaleur des étés scandinaves,
...), le projet est vendu à l'équipage. Adieu itinéraire classique au travers
du Golfe de Gascogne. Ratafia sait se distinguer, c'est vers la Baltique qu'il
pointera son étrave.
La première partie du programme est expédiée
en aout 1999. Ratafia quitte les eaux de la Vilaine pour rejoindre ses starting
blocks normands de Carentan. Croisière d'échauffement, menée tambour battant
en 5 jours de navigation, qui permettra de confirmer l'attrait de Charlotte
(11 ans) pour la mer et le bateau. Son frère Léo (5 ans), sensible au mal de
mer, sera dispensé de cette navigation toujours un peu rude autour de la Bretagne.
Barfleur, Blanchard, Le Four et Le Sein, sont alors dans le sillage de Ratafia
qui, à 200km de Paris profitera des soins attentionnés de la famille, durant
le dernier hiver du millénaire. 30 milles en 6 jours,....Le 29 avril 2000, l'écluse
de Carentan laisse sortir Ratafia de son port d'hivernage. Loin d'etre un départ
pour les antipodes, ce départ dans la brume me remplit cependant d'allégresse.
Toute aussi modeste que soit cette petite aventure, je me sens ému de quitter
ainsi, incognito, le port normand. Après un salut à l'éclusier qui s'attend
à nous voir revenir le soir meme d'une première sortie de saison, les voiles
sont vite déployées à la sortie du chenal. Cap direct sur Calais en priant que
les conditions météo printanières nous permettent d'éviter un cabotage fastidieux
le long de la Manche. Adieu veaux, vaches, cochons,.. A son habitude, la mer
casse les projets minutieusement préparés par quelque terrien prétentieux. Un
anticyclone sur l'Angleterre se forme plus tôt que prévu et nous envoie un fort
flux de Nord-Est dans le nez. L'équipage composé d'amis, pour les étapes de
Mer du Nord, a du mal, dans ces conditions, à se remettre du pot de départ de
la veille. Un repli stratégique vers Ouistreham est donc décidé. Cargo aux fesses
dans le chenal, moteur en panne (crépine bouchée), la grand voile, affalée en
catastrophe, se déchire au niveau d'un gousset. Le temps de réparer voile et
moteur, les conditions météo s'aggravent et ce n'est que cinq jours plus tard,
après avoir traversé la baie de Seine, qu'une longitude Est daignera s'afficher
au GPS. "Dis Manu, c'est loin la Baltique ?" .
2 : Le charme des canaux
Pluies, averses, orages seront ensuite notre
pain quotidien dans une Mer du Nord couverte de détritus. Seule l'étape de Boulogne
à Nieuwpoort nous épargnera, pour cause de brouillard intense, ce spectacle
d'une mer polluée à outrance. Maigre consolation pour une traversée du Pas de
Calais rythmée par le vrombissement des aéroglisseurs surgissant de la brume.
Le 10 mai, Ratafia atteint enfin la Hollande et c'est sous un orage de grele
qu'est franchie la première écluse du canal de Vlissingen. Au fil des ponts
basculants, tournants, montants, les Néerlandais pédalent sur la berge sans
se soucier de la pluie. Question d'habitude probablement. Cela m'inquiète et
j'angoisse en imaginant la réaction de ma famille devant embarquer trois jours
plus tard à Amsterdam. S'il existe un Dieu des canaux hollandais, il doit etre
joueur. La veille de leur arrivée, la pluie cesse enfin et une canicule s'abat
alors sur toute l'Europe. C'est donc en short que débarqueront du Thalys, Léo,
Charlotte et leur maman. "On a mis trois heures depuis Paris", déclarent, hilares,
mes enfants. Ratafia aura mis 15 jours, délicieux décalage avec le monde des
terriens,
... Embarquement immédiat pour une découverte
d'Amsterdam by night. Ce n'est en effet qu'à deux heures du matin que les ponts
de la Venise du Nord s'écartent pour laisser passer les mâts des voiliers en
transit. Ces premiers jours de navigation familiale vont etre paradisiaques.
Soleil et chaleur nous accompagnent dans l'Ijlsselemeer. Nous finissons nos
dernières bouteilles de Bordeaux, à l'apéro, en shorts et tee-shirts, abrités
de la brise nocturne par les murailles des péniches hollandaises aux dérives
relevées. La journée, Ratafia navigue, entre les moulins, poussé par 15 noeuds
de vent constants. Nous ne sommes qu'en mai et nous
nous prenons à rever que cette météo dure tout l'été. Erreur ! Lemmer à l'embouchure
du long canal menant à la frontière allemande marquera la fin de l'été hollandais
version 2000.
En une journée, les canaux deviennent sinistres.
Leur couleur est désormais brunâtre. La terre et les herbes, arrachées aux berges
gorgées de pluie, flottent autour du bateau et nous font craindre en permanence
de boucher le circuit de refroidissement. Les lacs intérieurs deviennent de
mini-raz laborieux à franchir contre les rafales. Sous un déluge quotidien,
les éclusiers ne sortent plus de leur guérite. Ils se contentent de nous tendre,
par leur fenetre, un sabot accroché à une canne à peche pour récolter leur taxe
de passage. Disparus les magnifiques canots en bois qui nous accompagnaient
encore hier. Seules quelques péniches fantômes, puant le gasoil, nous permettent
de nous distraire durant de longues journées de moteur. L'arrivée à Delfjzijl,
face à l'Allemagne, frôle le sordide. Attendant l'ouverture de l'énième pont,
nous patientons plusieurs heures face à une décharge dont le brasier de détritus,
fouettés par la pluie, engendre une fumée fétide qui nous retourne l'estomac.
Heureusement, Defjzil marque la fin des canaux et le début des eaux libres.
Fini la comptabilité en kilomètres ! Les îles Frisonnes ne sont qu'à quelques
milles au large. Je tente de remonter le moral de l'équipage, saturé par la
morosité de la Hollande du nord, en décrivant le cabotage idyllique qui les
attend demain. Malédiction ! En se penchant de plus près sur le guide Imray,
nous découvrons que tous les "watts" entre le continent et les îles sont interdits
au tirant d'eau de Ratafia (1m80). Il nous faudra donc nous éloigner au large,
contourner d'interminables bancs de sable, les fameux "German Banks", pour pénétrer
à nouveau entre les îles par des chenaux étroits décrits par le "Reeds" comme
"very dangerous in winds > 4".
3 : "German", fidèle à sa réputation
Il pleut toujours. Après une rapide escale
à l'île de Borkum, ou les parasites du champ d'éoliennes voisin nous empechent
toute réception météo, nous atterrissons, suite à une navigation houleuse dont
Léo aura du mal à se remettre, à l'île voisine de Norderney. "Atterrir" frôle
l'euphémisme. "Prendre racine" semblerait, en effet, plus approprié. Force 7,
8, 9... puis 11, puis 12, nous conduisent à rester dans cette île, assurément
charmante en d'autres circonstances, durant plus d'une semaine. Les ballades
en vélo ou à pied s'avèrent quasi impossibles à cause du vent. Nous jetterons
notre dévolu sur la moindre curiosité touristique de l'île pour échouer, en
désespoir de cause, à la piscine, durant des journées entières. Il y fait chaud,
l'eau y est bonne et nous pouvons y lire et manger sans vibrer en permanence
au rythme fou des haubans fouettés par les rafales. Le 30 mai, Miracle, la météo
nous annonce une accalmie : Nord Ouest force 6 à 7. Il est temps de quitter
ces îles infestées de longues oreilles qui détalent entre nos jambes. Malgré
les vomissements de Léo durement secoué par la mer forte annoncée, nous avalons
d'une traite les 75 milles nous séparant de l'embouchure de L'Elbe. Cohue dans
l'estuaire, des dizaines de voiliers bloqués, comme nous, par la tempete, convergent
au milieu des cargos qui profitent de la marée montante pour rejoindre les docks
de Hamburg. Le moral remonte à bord, la Mer du Nord est derrière nous, la Baltique
nous attend tranquillement derrière les 60 milles du canal de Kiel. Les vacances
devraient enfin pouvoir commencer. Bienvenue en BaltiqueMerveilleux Nord-Ostsee
Kanal serpentant dans la campagne allemande. Sur les berges, les vaches contemplent
placidement les cargos du monde entier qui semblent flotter à travers les pâturages.
Les bacs transportent gratuitement, vélos et piétons d'une berge à l'autre sous
le regard habitué des cigognes. Tout y paraît si calme, si harmonieux. Ce canal
évitant aux navires les dures eaux du Kattegat est une prouesse écologique que
probablement seuls les Allemands pouvaient réussir.Au bout de deux jours de
traversée bucolique, l'écluse de Holtenau nous ouvre les portes de la Baltique.
Somptueux spectacle qui s'offre à nous. Tout ce qui flotte navigue dans la baie
de Kiel. Pétroliers et porte-conteneurs bien sur, mais surtout voiliers de tous
âges, régatant à qui mieux-mieux dans cette Mecque de la Plaisance. La grisaille
persistante depuis près d'un mois est oubliée devant ce spectacle féerique qui
nous effraie cependant par la concentration de bateaux au mètre carré. C'est
la place de l'étoile un samedi soir, camions en sus ! A force de zigs et de
zags, de coups de barre, et d'empannages successifs, nous parvenons à nous amarrer
au British Kiel Yacht Club. So British, en effet ! Une enclave de la perfide
Albion à ne manquer sous aucun prétexte. L'accès y est réservé, pour des sombres
histoires de douanes, aux non-germaniques. Nous y dégusterons quelques Lagavullin,
vendus, hors-taxes, à 1 DM le verre, en devisant gentiment avec des yachtmen
venus d'Afrique du Sud ou de Nouvelle- Zélande. Au troisième godet, nous nous
sentons aussi, Isa et moi, l'âme de grands navigateurs. Meme si nous évitons
cependant de dévoiler que nos modestes projets se limitent à une simple virée
au Danemark, ...
La gastronomie danoise. La remontée de la
côte Est de Jylland se passera gentiment avec, en prime (si, si) une journée
de soleil ! Les ports sont nombreux dans ces eaux bien abritées, sans marées
ou de nombreux phoques s'ébattent joyeusement.
La frontière danoise ne marque que peu de
différences avec l'Allemagne si ce n'est d'un point de vue financier et culinaire.
Le Danemark est hors de prix, notamment pour le stéréotype du plaisancier français
que nous sommes : fumeurs et sachant sortir, de temps à autre, les bouteilles
du coffre. Le paquet de cigarette coute 30 F, la bouteille de Whisky, environ
300 F. Quant à la gastronomie, un ami nous avait prévenu : "Plus vous montez,
plus c'est dégueulasse." Nos papilles se retrouvent effectivement fort dépaysées
au pays ou la saucisse est reine. Blanche, brune, rouge, elles ont, en fait,
toutes le meme gout, proche de celui de notre boudin blanc français.. Nous garderons
cependant d'excellents souvenirs de leur cuisson effectuée sur des barbecues,
mis à disposition par des capitaineries accueillantes ou toutes les commodités
sont prévues pour organiser, en libre service, ce type de réjouissance : Grill
et foyer à disposition à proximité d'aires de jeux pour les enfants et de salle
à manger couverte au cas ou,....il pleuvrait. Bien pensé messieurs les Danois,
cette prévenance m'a permis de ne pas me faire lyncher par ma famille à qui
j'avais promis, pour ces vacances, soleil et navigation facile.
Pour en finir sur le sujet de la gastronomie
danoise, il serait malhonnete de ne pas citer leurs délicieux poissons fumés.
Maquereaux, harengs et saumons remplaceront vite, au menu, les insipides saucisses
et leur incontournable moutarde aigre-douce.
4. : Du tourisme, enfin !
Le 14 juin, après une escale dans l'animée
ville d'Arhus (caractéristique assez rare au Danemark), nous atteignons le port
d'Ebeltoft qui marquera la fin de notre montée vers le Nord. Nous y resterons
coincés, quatre jours, par le mauvais temps. Le temps de découvrir le "Jylland",
dernier voilier royal de sa majesté, et de visiter de fond en comble cette charmante
bourgade danoise entièrement prise par les glaces durant chaque hiver. Hiver
qui ne devait d'ailleurs pas etre très loin vu la couche de pulls superposés
que nous enfilons chaque jour. Adieu donc projets initiaux de traversée de la
Suède par le Gotha Canal. L'été 2000 n'était décidément pas la bonne saison
pour tenter cette expédition nordique. Disposant
de deux mois pour retourner dans nos pénates, nous réalisons enfin que nous
avons du temps. A défaut de farniente, chaque nouvelle escale danoise deviendra
l'occasion de faire du tourisme. C'est à vélo que nous visiterons complètement
l'île de Samso, ou la si pittoresque Aeroskobing. Flâner, visiter, s'émerveiller
devant les vestiges Vikings, s'imprégner de la culture scandinave nous occupera
ainsi pendant plus de 10 jours. Nous découvrirons l'honneteté scandinave qui
pousse les maraîchers à mettre en libre service leurs fraises et leurs groseilles
maquereaux, moyennant une petite pièce déposée à l'entrée de leur jardin. Nous
nous émerveillerons sous les voutes blanches des églises ornées de maquettes
de voiliers ex-voto. Nous irons meme jusqu'à nous baigner dans une eau avoisinant
les 13 degrés sous les regards amusés des Danois pelotonnés dans des corbeilles
les protégeant du vent. Notre dernière escale danoise sera Bagenkop, face à
la baie de Kiel. Coincés une fois de plus par un coup de vent, nous resterons,
cinq jours, dans le port probablement le plus laid du royaume du Danemark. Cinq
jours à déambuler dans une nui tquasi-permanente. Cinq jours à regarder les
vagues passer au-dessus du môle d'entrée. Cinq jours à nous faire regretter
le climat idyllique de notre Bretagne chérie.
Ratafia maison
Cet arret forcé à Bagenkop marquera le début
de la fin. Si le mois de juillet 2000 fut horrible en France, imaginez son cousin
scandinave, ...Une fois le canal de Kiel franchi, les îles Frisonnes nous parurent
vite, dans de telles conditions météorologiques, totalement inaccessibles. A
force de déchiffrer quotidiennement la météo allemande de la capitainerie de
Cuxhaven, à l'embouchure de l'Elbe, mon regard désespéré prit l'habitude de
s'égarer insidieusement vers la carte des voies d'eaux intérieures de l'Europe.
Magie de la topographie et de l'échelle
qui réduit toutes impressions de distance. La douce France paraissait subitement
si proche. C'est au 6ème jour d'attente que la décision fut prise : Cap à l'est,
direction Hanovre. Après un démâtage à Hamburg, le Yanmar 8 CV commença dès
lors à se faire entendre quotidiennement. Monotonie d'un millier de kilomètres
de canaux, frayeur des écluses allemandes "Kolossales", découverte de l'autoroute
qu'est véritablement le Rhin, ... Notre décision de retour par les terres fut,
à maintes reprises, regrettée. La pluie et le froid ne sont pas plus agréables
dans les terres que sur la mer et, décidément, un voilier ventru, faiblement
motorisé, doté d'un fort tirant d'eau n'est pas fait pour les canaux.
Une centaine d'écluses
plus tard, le 12 aout, nous arrivons à Paris via Maastricht et le Canal du Nord.
Coque écorchée et souvenirs entachés de moult mésaventures de marins d'eau douce.
Parmi elles, citons les ports interdits à notre tirant d'eau, les surfs effrayants
dus à l'aspiration des hélices des péniches polonaises et les bains forcés,
au milieu de rats crevés, pour retirer quelques sacs plastiques coincés dans
l'hélice.
Aujourd'hui Ratafia a soigné ses plaies en
région parisienne. Remis de ses émotions, l'équipage ne garde de ce périple
humide que de bons souvenirs, notamment ceux laissés par les plaisanciers allemands
dont la froideur apparente n'a d'égale que leur gentillesse. Ratafia a pris,
au printemps, la direction de la Méditerranée confortablement installé sur la
remorque d'un camion. Si l'eau n'y est pas plus bleue qu'en Bretagne, elle y
sera au moins plus chaude. Et malheur, l'été prochain, à la première goutte
d'eau qui viendra s'écraser sur le pont !
5 : La route vers l'Europe du Nord, pratique
Géographie La Manche Deux dangers principaux
: Ses coups de vents fréquents et son trafic maritime important (notamment dans
le Pas de Calais).De nombreux ports accessibles à toutes heures de marée sauf
dans la baie de Somme qu'il est conseillé de couper en
une seule étape (environ 60 milles de Dieppe à Boulogne).De Boulogne à la frontière
hollandaise, la côte manque d'intéret touristique, surtout lorsqu'il pleut (ce
qui est malheureusement souvent le cas, ..). Les
canaux, les lacs et les mers intérieures hollandaises. Eaux abritées et profondes
ou l'on peut naviguer en majeure partie sous voile. La plupart des ouvrages
est prévue pour laisser passer les voiliers. Les ponts s'ouvrent à la demande
(VHF). Attention au passage des grandes villes ou la circulation automobile
l'emporte sur le trafic maritime. Des endroits magnifiques, ou la nature est
reine, contrastent avec des zones franchement industrielles. Marées et courants
dans certaines mers intérieures.
Les îles Frisonnes allemandes. Passage aisé
pour les bateaux calant moins d'1m50, entre les îles et le continent. Passage
beaucoup plus scabreux pour les gros quillards, forcés de contourner très au
large chaque île et de choisir avec attention les ports en eau profonde. Ces
îles sont, pour la plupart, des réserves naturelles et des lieux touristiques
très prisés (casino, hôtel de luxe, plages aménagées, ...). Une sorte de "riviera"
allemande (soleil et température en moins)
Embouchure de l'Elbe, Canal de Kiel
Jusqu'à 50 km en aval d'Hamburg, l'Elbe est
soumise aux marées. Soit près de 100 milles de chenal soumis à un fort courant
(5 à 6 noeuds). L'atterrissage ne pose pas de problème, il suffit de suivre
les cargos et de remonter avec le flot (durée environ 7H). Pour sortir de l'Elbe,
le problème est plus complexe car la marée descendante n'accompagne les bateaux
que durant 5 heures. Le Canal de Kiel est une sinécure comparée aux bancs de
German. Pas de marées, pas de courants, des ponts de plus de 30 m dehauteur,
une signalisation parfaite pour régler le trafic et seulement deux écluses à
chacune de ses extrémités.
La Baltique
Décrite selon les guides comme un paradis
de la croisière familiale, le seul bémol à apporter est les conditions climatiques.
(de juin àmi-aout : "not so bad", qu'ils disaient,...). Des
ports superbement aménagés sont rarement distants de plus de 10 milles. La zone
est bien abritée grâce à la multitude d'îles parsemant la zone. Malheureusement,
vu la force des coups de vent que nous avons rencontrés,
nous avons eu la démonstration que la Baltique n'avait cependant rien à voir
avec un lac. (Lors du coup de vent de Bagenkop, plusieurs trois mâts ont été,
comme nous, dans l'impossibilité de rejoindre Kiel, éloigné d'à peine 40 milles).
Attention aux marées, soit-disant inexistantes. Lors de forts coups de vents,
l'eau peut descendre de plus d'un mètre. Phénomène très genant car les ports
ne sont généralement dragués qu'à - 2m.
Les voies d'eaux intérieures
En Allemagne et en Hollande, sans etre un
ravissement, cet itinéraire ne s'est pas avéré trop désagréable. Tout est en
effet prévu pour y accueillir les plaisanciers et notamment les voiliers. Escales
en eau profonde, convivialité des éclusiers et propreté des eaux. Nombreux sont
d'ailleurs les plaisanciers danois et suédois empruntant cet itinéraire pour
rejoindre la Méditerranée. Le Rhin reste cependant une zone à part. Les convois
gigantesques de péniches à plusieurs étages et le courant, de l'ordre de 4 noeuds,
créent par endroits des zones de turbulences assez impressionnantes. En France
et en Belgique, tout est bien différent. Pollution à outrance, canaux non dragués,
ports de plaisance inaccessibles aux quillards, absence de zones de ravitaillement,...
Un cauchemar !
6 : Comment s'y rendre ?
Pour un périple familial à bord d'un voilier
à tirant d'eau réduit, l'itinéraire par les canaux hollandais et l'intérieur
des îles Frisonnesoffre une navigation facile, confortable et touristique. A
bord, d'un gros quillard, un équipage expérimenté et pressé de visiter les eaux
de la Baltique préférera profiter d'une bonne météoet tirer au large jusqu'à
l'embouchure de l'Elbe (environ 300 milles à partir de la frontière belge).
C'est cette option qui, d'ailleurs, avait été retenue par le seul bateau français
rencontré durant notre escapade. Attention cependant au peu d'escales de repli
possible au large des îles Frisonnes. Je déconseille fortement notre itinéraire
de retour par les canaux allemands. Un voilier n'est décidément pas fait pour
ce genre d'épreuve. Si la location vous tente, la seule base importante rencontrée
(regroupant différentes sociétés) est à Kiel.
D'après les autochtones, nous n'avons vraiment
pas eu de chance. L'été en Baltique est, paraît-il, souvent ensoleillé avec
des brisesfaibles, ... Nous demandons à voir, ..... La plupart des capitaineries
rencontrées affichaient avec sérieux d'excellents bulletins, malheureusement
trop souvent exprimés uniquement en langue allemande. Les Bulletins de France
Inter sont audibles au-delà de Kiel mais ne couvrent pas la Baltique. Mieux
vaut alors recueillir ceux de BBC4. Des répondeurs téléphoniques en langue anglaise
sont en service au Danemark.
En conclusion, en l'absence de Navtex et
à moins de dominer parfaitement l'anglais et l'allemand, n'oubliez pas de vous
munir d'un magnétophone et de bons dicos.
Nous avons acheté les cartes au fur et à
mesure de notre avancée vers le nord. A cause de l'évolution des bancs de sable,
il est en effet important de disposer des cartes locales remises à jour tous
les ans.
Pour préparer votre voyage, le Reeds et les
guides Imray sont très pratiques et disponibles en France. N'hésitez pas à les
acheter à l'avance. Certains termes anglo-saxons sont assez hermétiques et mieux
vaut les avoir compris avant plutôt que d'en chercher la signification au dernier
moment.
Amsterdam : Après
cet instant magique qu'est la traversée de la ville de nuit, essayez de trouver
de la place dans le charmant petit port privé de Sixhaven. De là un bac gratuit
vous emmènera directement au centre ville.
Marken : Un des
nombreux petits ports si pittoresques qui entourent la Markermeer et l'Ijsselmmer
(au nord d'Amsterdam).
Norderney : Probablement
le meilleur abri des Iles frisonnes. Une île rude à la flore et la faune protégée
qui contraste avec ses touristes de luxe errant entre casino et plage balayée
par le vent.
Kiel : Parmi sa
dizaine de ports, choisissez le British Yacht Club ou la marina de Laboe. De
là, prenez le bac et visitez le musée de la marine nationale et la ville de
Kiel, entièrement détruite lors de la seconde guerre mondiale. Une page d'histoire
tout aussi sinistre vue de l'autre camp. Une page d'histoire macabre qu'on a
tendance à ne pas vouloir connaître.
Arhus : La deuxième
ville du Danemark, célèbre pour ses universités. Elle grouille de vie, de jeunes,
de cafés. La ville à laquelle doivent, probablement, les Danois leur réputation
de méditerranéens de la Scandinavie.
Lundeborg (île
de Fyn) et Ballen (île de Samso) : Deux petits ports de peche qui sentent bon
le bois des maisons rouges et les fumeries de poisson. Difficile d'y trouver
de la place, mais impossible de les quitter. Le point de départ revé pour découvrir,
à vélo, des îles magnifiques.
Hamburg : Ce port
est un dédale grouillant d'activité. Les remorqueurs semblent se courir les
uns après les autres. Les pétroliers y font des créneaux, les grues virevoltent
dans tous les sens. Ca sent le fuel, le cambouis, mais cela sent surtout les
voyages lointains. A conseiller à tous ceux que les cargos font rever. A conseiller
aussi à ceux qui ont l'image faussée d'une Allemagne bourgeoise type munichoise.
Les Hambourgeois sont fiers de leur ville, qui rit, qui parle, qui fait du bruit.
Une petite ambiance underground très agréable au retour d'une visite du Danemark
qui nous a semblé, parfois, un peu trop sage.
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